Agroforesterie

L’agroforesterie est une pratique qui mélange sur une même surface, une production forestière et une production agricole. Il existe deux grands types d’agroforesterie, l’agrosylviculture consistant à cultiver entre des arbres alignés sur des bandes largement espacées et le sylvopastoralisme où l’on installe des animaux d’élevage sur une parcelle plantée d’arbres. Dans les deux cas, l’agriculteur bénéficie de toutes les interactions positives d’un milieu diversifié et dans le cas du sylvopastoralisme, il concilie production fourragère et bien-être des animaux : ombre, abri contre les aléas du climat.

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Une pratique ancienne

Loin d’être anecdotique ou farfelue, l’association de l’arbre et des cultures est connue depuis l’antiquité, et les noiseraies du Dauphiné ou du Lot associées aux céréales depuis l’époque romaine représentent encore quelques milliers d’hectares. Plus connues sont les prairies à pommiers de l’ouest produisant « de la vache », de la pomme et du bois qui couvrent encore 140 000 Ha. En viticulture au Portugal ou en Italie, certaine vignes sont encore cultivées en hautain où l’arbre sert de tuteur à la vigne pour sa croissance.
Progressivement, avec l’intensification de l’agriculture, l’arbre est tombé en désuétude et relégué d’abord en bordure de champ puis avec la mécanisation et la simplification des rotations, l’arbre a progressivement disparu du quotidien de l’agriculteur. Là où l’arbre faisait partie intégrante de la production, il est maintenant cantonné dans des espaces improductifs où l’on oublie sa fonction agronomique, environnementale et sociale.

Des bénéfices agro-écologiques avérés

En terme de production, les rendements des cultures sont stables voire améliorés avec à moyen terme la perspective d’une nouvelle source de revenu liée à la production de bois d’œuvre. Au niveau agronomique, la présence des arbres permet d’améliorer le taux de matière organique des sols par la décomposition des feuilles et des racines sachant que 45 % des sols européens ont un déficit de matière organique.
La présence du système racinaire limite les phénomènes d’érosion et filtre les eaux de ruissellement chargées d’intrants, en adoptant ce dispositif l’agriculteur améliore sa production et participe à la préservation de la qualité de l’eau.
Les systèmes agroforestiers sont une zone de refuge et d’abri pour de nombreux insectes appelés auxiliaires qui limitent les populations de ravageurs des cultures. On peut donc, grâce à la bande enherbée aux pieds des arbres limiter l’emploi de pesticides et donc améliorer les coûts de production.
Depuis longtemps on assiste à une simplification des paysages qui engendre une érosion de la biodiversité, en adoptant un système agroforestier, on restaure les équilibres biologiques en offrant à de nombreuses espèces nourriture et quiétude.
En élevage, la présence d’arbres dans les parcours et les prairies offre abri aux animaux contre le soleil, la pluie ou le vent. L’ombrage permet aussi de ralentir le séchage de l’herbe en offrant au troupeau des périodes de pâturage plus longue et donc une meilleure production.

Des aides spécifiques pour construire son projet !

Avant de s’engager dans ce type de dispositif, l’agriculteur doit d’abord entamer une démarche de hiérarchisation de ses objectifs : rendements, limitation de l’érosion, qualité de l’eau, paysage… Pour l’aider, Arbres & Paysages Tarnais propose une visite technique individuelle et conseille non seulement sur l’objectif de la plantation mais également dans le choix de l’itinéraire technique et des essences champêtres les mieux adaptées à la station.

L’analyse de la station est primordiale pour s’assurer de sa potentialité. Ne pas commettre l’erreur de ne réserver l’agroforesterie qu’aux sols aux faibles potentialités de croissance.
On considère que pour être rentable, un système agroforestier doit compter de 30 à 80 arbres par hectare ce qui permet de ne pas gêner les cultures pendant la moitié de la durée de vie des ligneux et d’autre part d’obtenir du bois d’œuvre de qualité.
Une parcelle agroforestière ne modifie pas les aides agricoles et la parcelle ne perd pas sa vocation de production (maintien des aides PAC).
Dans le Tarn, des aides financières (Fond Carbone de la Région Occitanie) d’un montant de 80 % des frais d’implantation (fournitures, protections, appui technique) permettent à l’agriculteur de réaliser son projet en bénéficiant de l’appui technique d’une structure spécialiste de l’arbre en milieu rural.

 

 

L’agroforesterie au quotidien !

Sur la commune de Puygouzon, le Gaec de la Bourdarié a redonné une place de choix à l’arbre champêtre avec la plantation de plus de 4000 arbres et arbustes. D’abord sous forme de haies, ces plantations se sont ensuite concrétisées par la mise en place du premier dispositif agroforestier sur le département. Au total 6 HA de prairie ont été reboisés et nous avons rencontré André PAULIN pour nous parler d’arbres et d’agroforesterie.

M. PAULIN, depuis plus de 20 ans, l’arbre fait partie intégrante de la vie du GAEC, parlez-nous de votre démarche et des éléments qui vous ont emmené à porter votre regard sur l’arbre champêtre ?

“Créé en 1974 avec mon père nous avons intégré dans le Gaec mes deux frères respectivement en 1979 puis 1986. Nous sommes installés en bovin lait avec une conversion en agriculture biologique en 1993. Ce changement de pratique s’est imposé à nous très rapidement et nous étions tous convaincus d’être dans un système plus en accord avec nos convictions.
Au niveau foncier, la commune a subi un remembrement en 1962 et nous avions à l’époque une perception positive de cet aménagement qui devait nous permettre de produire plus et mieux mais très vite, ma perception du paysage a changé, mon environnement familier m’est apparu comme un véritable désert et de nouvelles problématiques ont vu le jour (effondrements de talus, problèmes d’érosion). En outre, en observant nos sols nous nous sommes rendu compte qu’à l’emplacement des haies arrachées, les cultures étaient « plus belles ». L’arbre jouait donc bien un rôle dans la fertilité des sols et il est apparu comme une source de fertilité. La décision a donc été prise de réaliser les premières plantations de haies en 1992.”

Planter des arbres au milieu des parcelles n’est pas anodin, comment cette décision a été prise ?

“Nous avions beaucoup de recul sur notre système de production et l’idée générale était d’associer l’arbre à notre production. Je me suis beaucoup documenté, l’agroforesterie s’inscrivait dans la suite logique de notre démarche. Au départ, l’idée générale est d’apporter sur des prairies une plus-value pour le bien-être des animaux mais j’ai également la conviction que ces arbres vont jouer un rôle important en termes de biodiversité et notamment de soutien aux auxiliaires de culture par la présence d’une bande enherbée sur mes lignes de plantations.
L’objectif est de reproduire au maximum le fonctionnement de l’écosystème forestier en combinant amélioration de la structure des sols et production de biomasse. On est au cœur des bénéfices agro-écologiques de l’arbre sur nos productions.”

Une fois la décision de mettre en place des parcelles agroforestières, vous avez dû mettre en place un itinéraire technique spécifique, parlez-nous de la mise en œuvre du projet ?

“La gestion de l’arbre a été oubliée par bon nombre de génération d’agriculteurs et l’agroforesterie demande une technicité particulière avec une gestion de l’arbre en milieu ouvert. Fort heureusement nous avions l’expérience de la plantation de haie et la question technique la plus urgente à résoudre a été la mise en défend des arbres. Associer des arbres et des vaches n’est pas chose aisée mais j’ai trouvé un bon compromis avec la pose d’une clôture électrique et de filets de protections individuel contre les dégâts du petit gibier.
Une fois les arbres en place il faut une certaine technicité pour la taille et l’entretien, se servir du sécateur n’est pas anodin et l’on doit connaître quelques règles simples de physiologie des arbres avant de tailler.”

Justement, que représente en temps le suivi de vos plantations, l’agroforesterie représente-telle une grosse charge de travail?

“Avant de parler de charge de travail ou de contrainte, on doit revenir à la notion de plaisir. Au-delà des 3 ou 4 jours de travail par an sur mes parcelles, j’ai la conviction que j’apporte une plus-value agronomique sur l’exploitation. Progressivement j’ai intégré ces activités dans mon temps de travail et mes frères en ont pris conscience et c’est devenu mon domaine au sein du GAEC.
Je me fais également un devoir de parler de ma démarche et d’accueillir par exemple des groupes d’agriculteurs ou d’élèves pour enrichir le débat car j’ai conscience de tout le chemin qui reste à parcourir auprès des jeunes générations pour redonner à l’arbre une place de choix dans nos productions.”

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